Histoire d’une ponte

Avant que j’oublie tous les détails de cette journée, j’avais envie de la raconter. Cela fait bientôt un mois que j’ai pondu notre lardon, et le moins qu’on puisse dire c’est que les journées sont bien hachées ! Difficile dans ce cadre de dégager du temps pour bloguer… Même si le coussin d’allaitement libère les mains. Enfin, il les dégage mais juste le temps que le lardon s’enfonce et disparaisse dedans, avec juste sa bouche cramponnée à mon sein pour me permettre de le localiser. Oui, en gros, je n’ai pas encore trouvé la position idéale avec ce gros tas de billes et il va sérieusement falloir que je me mette à écumer Youtube pour y remédier.

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Et pourtant c’est bien ce modèle des Babilleuses que j’ai, mais d’abord, la deuxième moitié du boudin est derrière ou devant elle ? Et puis, le port des bottines est-il obligatoire, comme la dame sur la photo ? C’est peut-être ça mon souci finalement.

Bref, là n’est pas le propos ! Ainsi que l’annonce pudiquement le titre de cet article, j’ai prévu de raconter comment j’ai pondu le lardon.

Vous l’aurez compris dans les derniers #lately, il n’a pas daigné pointer le sommet de son crâne avant la DPA, soit le 4 avril. En même temps, naître un 04/04/16 c’était plutôt sympa, je comprends qu’il ait préféré ce jour-là aux cinquante autres pendant lesquels il aurait pu me délester de mes dix kilos de trop sans que ça ne soit problématique pour sa santé. (Tiens, voilà du sarcasme !) (Non mais je déconne en fait, un beau bébé à terme ça m’allait parfaitement 🙂 )

Après une nuit curieusement reposante, nous avons donc embarqué la valise, le petit sac et nos fesses jusqu’à la maternité. « Bonjour, c’est pour un déclenchement ! » « Oooh, ben c’est le grand jour alors ! » Oui, si ça ne prend pas vingt-quatre heures, on peut effectivement espérer. Je passe vite vite sur la secrétaire désagréable au possible, pour filer directement dans une grande salle avec Marion, ma sage-femme du jour. Marion est rigolote, toute petite, et c’est avec un grand sourire qu’elle glisse deux doigts au fond de mon intimité pour voir à quoi ça ressemble. Ah j’ai pas prévenu avant, mais il n’y aura rien de glam’ dans cet article 😀

« Oh ben il est bien mature ce col, si vous n’étiez pas venue aujourd’hui il serait sorti tout seul demain ! » Voilà pour la première bonne nouvelle. Pas besoin de tampon imbibé de prostaglandine pour attendre la maturation du col. Nous passons donc dans la salle de travail, autrement dit la grande pièce lumineuse dans laquelle j’accoucherai quelques heures plus tard. Il est dix heures.

Marion m’installe la perfusion, je commence à avoir un sérieux mal de crâne. En fait c’est mon champ de vision qui s’amenuise, signe que je connais autant que je redoute, et qui veut dire que sauf intervention à base de Doliprane, j’aurai bientôt une bonne migraine des familles. En même temps, il faut venir à jeun et la pizza de la veille est déjà très, très loin. Finalement, quelques minutes après la pose de la perfusion, tout s’estompe et je retrouve des couleurs.

« Je vais envoyer l’ocytocine et j’augmenterai la dose tous les quarts d’heure, d’accord ? ça déclenchera les contractions, si elles sont trop douloureuses on appellera l’anesthésiste. » Deuxième bonne nouvelle, et bordel pas des moindres : je ne sens pas les contractions. Je les vois sur le monito, elles font marrer l’Homme qui s’attend à ce que je réagisse lorsqu’elles se produisent, mais non, je ne sens rien. A peine le ventre qui durcit, et encore pas sur toutes. Marion me dit que j’ai de la chance, et je n’irai certainement pas la contredire.

Deux ou trois heures passent comme ça, tandis que l’Homme s’auto-digère à côté de moi et que je commence à me dire que je tuerais volontiers pour avoir un sandwich. Un peu après midi, Marion revient et brandit une grande aiguille à tricoter avec un rire machiavélique – ou c’est mon estomac vide qui débride mon imagination, peut-être. Elle m’annonce qu’après avoir percé la poche, les contractions seront sûrement plus douloureuses, mais qu’elle préfère le faire maintenant parce que mon col n’a pas beaucoup bougé. Sereine, je la laisse faire… Et splash ! J’ai l’impression d’avoir perdu quatre litres de flotte d’un coup. Je me marre… Mais je ne vais pas me marrer longtemps 🙂

Quinze minutes de contractions supportables plus tard, les ennuis commencent. Enfin, les ennuis… Disons que je me retrouve brusquement privée de mon avantage considérable et que ça y est, je douille. Sérieusement, même. Mon placenta à l’arrière, les contractions sont uniquement situées dans mon dos. Et en fait, j’ai l’impression que toutes les deux minutes, un petit con vient avec un chalumeau et l’allume à fond pendant une interminable poignée de secondes. C’est une douleur que je ne connaissais pas, et qui me laisse chancelante, à la frontière avec une irrépressible panique, mon cerveau concentré sur la seule chose raisonnable à faire : respirer profondément. On m’emmène un grand ballon, je mets trois plombes à piger ce que me dit la seconde sage-femme « Faites un huit ! » « HEIN? » et l’Homme est mis à contribution. C’est mon premier massage depuis le début de la grossesse 🙂 et s’il est très agréable entre les contractions, il ne parvient pas à en atténuer suffisamment la douleur. Je tiens bon pendant trois quarts d’heures, puis Marion revient.

« Ah, on est seulement à quatre ». Là, je me rends compte qu’il risque d’y en avoir pour un bon moment encore, et je lui fais mes yeux du Chat Potté. « Puis-je avoir une gentille petite péridurale s’il vous plaît ? Mais pas trop dosée hein, le minimum ». Elle m’annonce que ça tombe bien, l’anesthésiste qui est là aujourd’hui est du genre à doser au minimum et à ne pas laisser les patientes gérer leur produit avec la pompe. Ce qui me convient très bien. « Oui parce que d’autres jours c’est M. Untel, et lui il met des doses de cheval  ! » Ah ben ma foi, c’est intéressant. L’Homme est invité à partir déjeuner, il est treize heures, il va s’envoyer une fougasse aux lardons dont je n’ose même pas dessiner les contours dans ma tête. « Allez-y Monsieur, il y en a pour facile deux heures avant que quelque chose se passe ! »

C’est faux.

L’anesthésiste prépare son petit matériel pendant que je m’enferme à l’intérieur de moi-même. Les épaules basses, le menton rentré, et tout ce qui m’importe maintenant est de respirer calmement. Il paraît que je m’en sors très bien. Je les entends parler pour me changer les idées mais je n’écoute pas, je suis focalisée sur le temps. J’essaye de l’étirer quand je n’ai pas mal et de le compresser pendant les vagues de douleur.

Finalement, moi qui avais failli tourner de l’oeil devant les vidéos sur la péridurale, je ne me préoccupe pas du tout de ce qui se passe dans mon dos. Et je ne sens rien. Avant que je m’en rende compte, je suis à nouveau allongée, et c’est la plénitude totale : je n’ai absolument plus mal.

Par contre…

Par contre, quelques minutes après la pose, j’ai une irrépressible envie d’aller aux toilettes. Genre, pour la commission que ne font pas les princesses. Ma sage-femme m’a prévenue : c’est quand je sentirai ça que le bébé sera en train de descendre. Je préviens Marion. « J’ai très envie de faire caca, vous savez. » Elle se marre. « C’est bien, c’est que ça bouge ! Je vais voir ce que ça donne ». Insertion de doigts… « Oh, oh ! Mais vous êtes à huit ! » Il est quelque chose comme treize heures trente. L’Homme doit être en train de s’essuyer les doigts sur sa serviette Patapain. « On va peut-être appeler mon mari, non ? » « Oh, ne vous inquiétez pas, il y a le temps ! »

C’est encore faux.

Au final, l’Homme s’est dit que le jour était mal choisi pour finir le repas par un petit café, et a englouti son repas à la vitesse de l’éclair avant de revenir. Il ne se doute pas que le travail a bien avancé et tourne en rond un moment avant de trouver une place sur le parking. A l’intérieur de lui, ça commence à bouillir…

Je revois Marion vers deux heures moins le quart et je lui confie sans filtre ma pensée du moment : « Vous savez, il y a deux choses dont j’ai très très envie, là. » « Manger et ? » « Manger un sandwich, et faire caca ». Elle se marre – encore – et doit se dire que je ne fais que parler de bouffe, mais retourne voir comment est le col.

Je ne sais plus exactement dans quel ordre se succèdent les événements suivants, mais quelque chose comme deux minutes plus tard, l’Homme revient, et Marion nous annonce qu’on voit la tête, que le col est à dix, que c’est parti. Il va falloir pousser. Là, c’est un moment étrange. Terriblement exaltant, pour tout dire. Sauf que, j’ai beau pousser de toutes mes forces pendant les contractions, Marion m’informe que je pousse avec tout, sauf les bons muscles. Il est un peu plus de quatorze heures lorsque nous découvrons qu’en fait, je ne dois pas savoir faire caca, puisque lorsqu’on me dit de pousser comme pour faire ça, j’utilise les mauvais muscles. On en apprend des choses élémentaires, même à vingt-quatre ans.

Finalement, je vois le visage de Marion se durcir un peu, alors qu’elle nous dit que le bébé commence à peiner, et qu’il va falloir appeler le médecin. Le médecin arrive, on parle rapidement de ventouse. Je demande à l’Homme s’il voit quelque chose, il a le malheur de répondre que oui oui, il voit la tête, je lui demande de SE TAIRE. J’espère qu’il ne m’en veut pas, en tous cas je n’ai lâché aucun gros mot, que des « Oui pardon » quand la sage-femme me demandait de poser mes fesses bien au bord de la table avant de pousser. L’Homme finit par me demander d’arrêter de dire pardon. J’arrête, je pousse en laissant toute ma retenue de côté, avec moult grognements, je pousse de toutes mes forces. Le docteur attrape une paire de ciseaux et couic ! Petite épisiotomie, il n’y aura finalement pas de ventouse.

Là, je ressens la sensation la plus bizarre de toute ma vie. Je sens très précisément le moment où le lardon sort de moi. C’est un soulagement indicible, physique, et tout d’un coup je suis délestée de presque quatre kilos. Ils sont déposés tout contre moi, un peu verdâtres, chauds, minuscules et à la fois si grands, avec de jolies petites mains qui se ferment déjà contre mon sein. Le lardon va bien et dans quelques minutes il sera déjà en train de manger, pendant qu’avec son père nous le regarderons à s’en user les yeux. Il est quatorze heures trente-deux. Le médecin me recoud en me demandant quel est mon restaurant Japonais préféré sur Bourges, c’est la couture qui fait le plus mal finalement, même si ce n’est qu’un surjet et que tout ça dégonflera dans les jours à venir.

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Voilà, j’ai pondu en cinq belles heures et si j’avais réfléchi à quel serait mon accouchement idéal – ce que j’ai réussi à ne pas faire pendant neuf mois – je pense qu’il aurait eu à peu près cette tête-là. Je ne sais pas si c’est nécessaire de le préciser, mais je n’avais jamais mangé un aussi bon pain à la confiture de fraises que celui qui m’a été servi dans ma chambre quelques heures plus tard 🙂 Je ne sais pas si tout le monde leur parle autant de bouffe à chaque fois, mais c’est clair qu’ils m’ont entendue en parler. J’ai remplacé la ponctuation par les mots magiques, tartare, saucisson, sushis, pâté, tout ce qui me faisait saliver depuis des mois… Et que j’ai eu largement l’occasion de manger à nouveau depuis 🙂 Il ne manque plus que les mojitos, mais ça c’est un peu plus compliqué pour l’instant, breastfeeding oblige… !

Bon, j’espère que cette histoire d’une ponte vous aura plu, n’hésitez pas à raconter la/les vôtres en commentaire ! C’est quand même fou cette envie de c**** qu’on ressent quand c’est le moment, non ?

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3 réflexions sur “Histoire d’une ponte

  1. Aaaah ça y est ! J’ai enfin deux minutes pour laisser un commentaire ^^ »
    J’ai a-do-ré cet article, très très très vrai xD
    Et j’ai bien rigolé ^^ Quand j’avais dit à ma SF que passer une journée sans manger était une torture elle s’est bien moquée de moi (mais c’est vrai quuuuoooi! ) et je me suis jetée sur mon repas après l’accouchement ^^ »
    Bon le couïc épisio m’a fait mal pour toi, je suis tellement heureuse d’avoir évité ça O_O

    Au plaisir de te lire ! 😀

    A bientôt ! des bisous !

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    1. Haha c’est rudement chronophage les enfants n’est-ce pas ? ^^
      Merci beaucoup!! Moi aussi, la SF s’était marrée.. Mais elles ne se rendent pas compte!!! Et encore, j’ai accouché assez vite, j’imagine même pas celles qui mettent 7 heures ou plus ! Et puis mon mari m’a apporté des sushis en douce dans ma chambre le soir même, et ça, c’était top cool quand même 😀
      Oui l’épisio c’est bien le truc dont je me serais volontiers passée, surtout après en fait ! Heureusement une élève sage-femme m’a sauvé la vie en m’apportant des protections hygiéniques.. Congelées !! ça, c’était magique ❤ Ennnfin, y'aurait tout un article à faire sur le séjour à la maternité… Pas la partie la plus fun en ce qui me concerne, je ne sais pas toi mais moi j'y ai surtout senti beaucoup de solitude^^
      Biz, à bientôt! 🙂

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      1. Mdr moi aussi j’ai eu droit aux Sushis xD
        Aaaah pas mal le coup des serviettes congelées !
        Oui la maternité ça a été… comment dire… J’en suis sortie le 1° janvier, mais le matin même elles attendaient la pesée de ma fille pour voir si on pouvait sortir ou pas, j’étais tellement angoissée à l’idée de rester ne serait-ce qu’un jour de plus, finalement elles m’ont laissé le choix et j’ai fait mes valise tout de suite !

        Allez des bisous ! à plus tard ^_^

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